Hugo et Grizzli, le Géant du Vent Doux
Le conte de Hugo

✦ Contes Pansements ✦
La chambre de Hugo est un endroit très doux. Les murs sont couleur miel, comme du caramel chaud. La lumière de la petite lampe est orange et dorée. Elle fait danser des ombres rondes sur le plafond. Des ombres douces, comme des bulles de savon. Hugo est dans son lit. Son lit est moelleux, moelleux, moelleux. Les draps sentent bon. Ils sentent la lavande. Ils sentent le linge propre séché au soleil. Ils sentent un peu aussi les biscuits du goûter, juste un tout petit peu. Dehors, le vent souffle doucement dans les feuilles des arbres. Chuuuut. Chuuuut. C'est un bruit très calme. Comme une chanson sans paroles. Quelque part au loin, on entend un ronronnement doux. Peut-être un chat. Peut-être juste la nuit qui respire. Hugo tient Grizzli serré contre lui. Grizzli est un ours en peluche. Il est grand et brun, avec le ventre beige et tout doux. Ses deux petites oreilles rondes sont un peu usées parce que Hugo les touche souvent. C'est sa façon à lui de dire bonjour. Hugo pose son nez sur la tête de Grizzli. Grizzli sent bon. Il sent chaud. Il sent la maison. — Bonne nuit, Grizzli, murmure Hugo. Et là, quelque chose d'incroyable se passe. Grizzli commence à grandir. Tout doucement. Très lentement. Il devient grand, grand, grand. Ses bras s'ouvrent comme deux branches d'arbre. Ses yeux brillent comme deux petites étoiles caramel. Hugo n'a pas peur. Pas du tout. Parce que Grizzli sourit. Et le sourire de Grizzli, c'est le plus beau sourire du monde.
Grizzli est maintenant très grand. Il remplit presque toute la chambre. Mais il est doux comme toujours. Ses grands bras entourent le lit de Hugo comme une forêt protectrice. — Hugo, dit Grizzli d'une voix grave et douce, comme le vent dans les pins. Est-ce que tu te souviens de ce matin ? Hugo réfléchit. Ce matin... il y avait les cookies. Les bons cookies ronds avec des pépites. Mais Hugo n'avait pas eu celui qu'il voulait. L'autre cookie. Le grand. Et là, dans son ventre, quelque chose avait grondé très fort. Hugo baisse la tête. — Oui, dit-il tout bas. J'étais... j'étais très en colère. — Je sais, dit Grizzli doucement. J'étais là. Je t'ai vu. Hugo sent quelque chose dans ses petits doigts. Une sorte de chaleur. Ses mains se crispent un tout petit peu, rien qu'en y repensant. Son souffle devient un peu plus rapide. Fpp. Fpp. Comme de petites vagues courtes. — C'est quoi, cette chose dans mon ventre ? demande Hugo. Cette chose qui gronde ? Grizzli s'assoit tout près. Sa grande patte brune et douce se pose sur la couverture. — C'est une émotion, dit Grizzli. Une grande émotion. Comme un nuage d'orage. Il arrive vite. Il fait du bruit. Mais tu sais quoi, Hugo ? — Quoi ? murmure Hugo. — Tous les nuages passent, dit Grizzli. Toujours. Et toi, tu as quelque chose de très puissant pour les aider à passer. Hugo lève les yeux. Ses petits doigts se desserrent doucement. Son souffle ralentit un tout petit peu. — Qu'est-ce que j'ai ? demande-t-il. Grizzli sourit. Ses yeux caramel brillent. — Tu as ton souffle, dit-il. Tu as le vent du dedans.
— Le vent du dedans ? répète Hugo, les yeux grands ouverts. — Oui, dit Grizzli. Chaque fois que le nuage d'orage arrive dans ton ventre, tu peux souffler. Souffler très doucement. Comme le vent dans les arbres dehors. Tu entends ? Hugo écoute. Chuuuut. Chuuuut. Oui. Il entend le vent dehors. Il est doux. Il est calme. — On va essayer ensemble, dit Grizzli. Respire par le nez d'abord. Tout doucement. Comme si tu sentais une fleur. Hugo ferme les yeux. Il respire par le nez. Hmmm. Il sent la lavande des draps. Il sent la chaleur de Grizzli. C'est bon. — Maintenant, dit Grizzli très doucement, souffle par la bouche. Tout lentement. Comme pour faire bouger un duvet de pissenlit. Hugo souffle. Fuuuuuuh. Très lentement. Très longtemps. Et là... quelque chose se passe. Quelque chose de magique. La chose dans son ventre — le petit nuage d'orage — il devient moins lourd. Un peu. Juste un peu. — Encore, dit Grizzli doucement. Hugo respire. Hmmm. Il souffle. Fuuuuuuh. Le nuage devient encore plus léger. Hugo sent une chaleur douce dans son ventre. Pas la chaleur de la colère. Une autre chaleur. Une chaleur calme. Comme un rayon de soleil sur la peau. Ses épaules descendent. Elles étaient montées sans qu'il s'en rende compte. Maintenant elles redescendent. Doucement. Comme deux ailes qui se posent. Son cœur bat plus lentement. Poum... poum... poum. Régulier. Doux. Comme un tambour de berceuse. — C'est moi qui fais ça ? demande Hugo, émerveillé. — C'est toi, dit Grizzli. Tout vient de toi. Le vent du dedans, il t'appartient. Il sera toujours là. Dans ton ventre. Dans ton souffle. Pour toujours. Hugo sourit. Un grand sourire doux. Il serre Grizzli très fort. Et Grizzli redevient tout petit. Son Grizzli doudou. Doux et chaud contre son cœur.
Hugo est allongé maintenant. Tout à plat. Tout doux dans son lit. Grizzli est là, contre lui. Petit et chaud. Comme toujours. La chambre est silencieuse. Dehors, le vent murmure encore. Chuuuut. Chuuuut. Les étoiles brillent derrière la fenêtre. Hugo ferme les yeux. Il respire doucement. Hmmm... Fuuuuuh. Hmmm... Fuuuuuh. Et le sommeil commence à arriver. Tout doucement. Comme une couverture invisible qui descend sur lui. D'abord, ses pieds. Ses petits pieds sentent quelque chose de lourd et de doux. Comme si des nuages moelleux les enveloppaient. Les orteils s'endorment. Un par un. Ils sont chauds. Ils sont lourds. Ils sont bien. Puis ses mollets. Ses mollets deviennent mous. Comme de la pâte à modeler toute douce. Ils s'enfoncent dans le matelas. Ses genoux aussi. Lourds. Chauds. Endormis. Ses cuisses maintenant. Elles sont lourdes comme des coussins remplis de sable tiède. Elles ne bougent plus. Elles sont bien. Son ventre. Son ventre monte. Et descend. Monte. Et descend. Hmmm... Fuuuuuh. C'est lui qui respire. Tout seul. Tout doucement. Le petit nuage d'orage est parti. Il ne reste que la chaleur calme. Ses bras. Ses deux bras sont lourds comme deux petits nuages. Ils tombent doucement sur le lit. Ses mains s'ouvrent. Les doigts se desserrent. Paume vers le ciel. Ils sont doux. Ils sont tranquilles. Ses épaules fondent. Comme du beurre sur une tartine chaude. Elles descendent, descendent, descendent. Son cou. Sa joue. Son front. Tout doux. Tout chaud. Et ses paupières... ses paupières sont si lourdes. Si douces. Elles descendent toutes seules. Il ne faut rien faire. Juste laisser. Laisser les paupières tomber. Grizzli veille. Il sera là toute la nuit. Tout doux. Tout chaud. Dors, Hugo. Tu es en sécurité. Tu es aimé. Tu es courageux. Le vent du dedans souffle doucement, doucement... et t'emmène vers les beaux rêves.
Le conte de Hugo

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